Poèmes de Renée Lorcy
Merci à Caroline pour les textes de sa mère.
La Forêt
Tous les arbres sont vêtus de clair
Pour fêter le retour de Mai,
Et le soleil filtre à travers
Les branches feuillues de la forêt.
Tous les verts du beau printemps
S'y sont donné rendez-vous
Donnant ainsi couleur au temps
Qu'il pleuve ou qu'il fasse doux.
Combien d'oiseaux sous tes ombrages
Ont préparé leurs nids douillets
Charmant aussi de leur ramage
La vie tranquille de la forêt.
Le long de tes allées sereines
J'ai médité très longuement
Respirant l'odeur souveraine
Sortant de tes enchantements !
Lorsque dans ma tendre jeunesse
Père nous y menait jouer,
De la forêt enchanteresse
Oh ! Quel souvenir j'ai gardé…
Cueillant au pied de tes grands arbres
La myrtille et la fraise des bois,
Et l'eau pure de tes cascades,
Nous rafraîchissait, Père et moi.
Lorsque l'automne était venu
Faire briller l'or dans tes cheveux,
Avant de te voir toute nue
Tu te parais de mille feux…
Toutes les couleurs de la flamme
Comme celles du soleil couchant
Divinisaient encore ton âme
Que tu nous offrais en mourant.
C'est à l'automne que l'on cueille
Au fond des bois, tes champignons
L'on y retrouve l'odeur des feuilles
Et de la mousse, qui sent si bon !
Lorsque l'hiver, dans la tempête,
Aura décharné tes grands bras,
Que tu auras perdu la tête
Courage ! La renaissance est là.
Renaître est la loi de la vie,
Le printemps toujours reviendra
Et la grande forêt bénie
Un jour prochain, reverdira.
Renée Lorcy (17 juillet 1982)
Hommage au Pays
Extrait d'un cahier de nouvelles de Renée Lorcy
Octobre, tu m'as vu naître,
Un crépuscule d'automne,
Lorsque les feuilles mortes
Tombaient tout doucement,
Et que la mer tout près,
Clapotait monotone,
Contre les vieux bateaux
Son écume d'argent.
Dans ce pays breton,
Où je jouais enfant,
Parmi les vieilles légendes
Et le bon cidre doux,
Les fières coiffes blanches
Et leurs beaux châles blancs,
Dansaient en rond le soir
Sur un air de biniou.
Oh ! Vous qui voyagez
Dessus le vaste Monde,
Cherchant encore plus loin,
Des cieux toujours brûlants,
Venez donc voir un peu,
Les brunes et les blondes !
Mêler de sang d'Espagne,
Et Celtes en même temps.
Fières filles de la côte
Du franc parler sonore…
Aux belles maisons claires
Dans la fraîcheur du soir
Êtes-vous bien toujours fidèles encore
À nos hommes-marins
Qui luttent dans le noir ?
Tes cieux toujours si beaux
Ô ! ma chère Bretagne
Mêlant dans le ciel gris
Tes nuages à la mer
Celui clair de l'été
Ô ! belle Cornouaille
Semée de moutons blancs
Et qui flottent dans l'air.
Ton odeur de varech
Ô ! Côte merveilleuse…
Qui apparut un jour
Et pour l'éternité…
Mouvement des marées
Belle mère dangereuse
Pour le bonheur de tous
Nous aimions ta beauté.
Renée Lorcy
Le Jardin
Extrait d'un cahier de nouvelles de Renée Lorcy — Jardin de Renée le Guennec (tante de Renée Lorcy) et de… Renée Lorcy
Connaissez-vous ce beau jardin ?
Et à qui il appartient !
C'est à la petite fille… là-bas
Qui ne sait pas ce qu'Elle fera
Mais l'avenir nous le dira…
Clos, dans son vieux mur de pierres
Et gardant si bien son passé
Le grand Jardin de « Tante Renée »
Était si beau à regarder !
C'était d'abord la Tonnelle
Son escalier de dalles moussues,
Je le montais, j'avais des ailes,
Pour regarder dans la grande rue.
Toute couverte de roses blanches
Qui en grappes, tombaient mollement
Effeuillées en corbeilles, le dimanche
Sur le passage du Saint Sacrement.
Le vieux figuier, faisait de l'ombre,
Contre le puits, près du lavoir,
Ses larges feuilles, et ses fruits sombres,
Embaumaient dans l'air du soir.
Ses massifs de buis taillés
D'où s'échappait des chants d'oiseaux
Au détour de chaque allée
Était un ornement très beau.
Ses œillets, ses iris et les lys,
Qui embaumaient sous le soleil
Contre le mur, sans artifice,
Mais ils n'avaient pas leur pareil.
Les violettes et les primevères
Se cachaient sous le laurier,
Et le muguet, tout près du lierre
Exhalait son arôme, à nos pieds.
Le rosier grimpant, le long du mur
Où se nichaient les escargots
Fêtait si bien dame nature
Qu'il montait toujours plus haut.
Et la petite maisonnette
Qui abritait les vieux outils
Au fond du jardin de Poète
Sous les branches mêlées en fouillis.
Il y avait aussi l'automne
Qui s'annonçait tout doucement
L'on ramassait alors les pommes
Tombées à terre, avec le vent.
Les feuilles jaunies des Poiriers
Voltigeaient dans l'air soudain froid
Le jardin se mit à frissonner
Sous l'averse de Noroît.
J'aimais le printemps, l'été, l'automne
Dans ce jardin tout plein de fleurs
Rien n'y était monotone
Il était trop cher à mon cœur !
Renée Lorcy